Lili par Julia Marois

C’est le 14 février 2014 que j’ai appris que j’avais un cancer du sein. J’ai cru à une blague et puis j’ai pleuré ma vie. 

On était tous sous le choc: un cancer à 29 ans, c’est pas possible!  Oui parce que le cancer ne touche pas que le malade, il touche tout son entourage: les collègues, amis et la famille. C’est un «combat» en équipe!

Tout à commencé quand j’ai découvert que j’avais un téton weird. Je suis allée consulter plusieurs fois mon médecin de famille, elle ne trouvait rien. Et puis par acquis de conscience, elle m’a envoyé faire une échographie. C’est là que Günther, ma tumeur de la taille d’une balle de ping pong (oui je lui ai donné un nom) caché sous mon téton, a été découvert. S’ensuit le menu maxi best off: mammographie, biopsie, annonce, IRM, scintigraphie… (NDLR: “Club de lutte violente au nunchaku contre ce con de Günther”, on adore!!!)

Quelques jours après mon diagnostic, j’ai ouvert un blogue BD pour raconter ce qu’il m’arrivait. J’ai commencé à raconter mon quotidien de manière très humoristique et en couleur! Je n’avais pas choisi d’avoir le cancer alors autant choisir comment le vivre! Ça a été hyper thérapeutique parce que raconter aux autres ça a surtout été un moyen de me raconter ce qu’il m’arrivait et de mieux le digérer. 

J’ai essayé de vulgariser le vocabulaire médical, de parler de mes émotions, mais surtout des choses très drôles que je voyais ou qui m’arrivaient: enfin réussir à avoir un chat, faire un enterrement de vie d’avant chimio, parler de caca avec la terre entière, toucher les seins d’une stripe-teaseuse pour me faire une idée de mes nouveaux seins, se déguiser pour aller en chimio, avoir un médecin aussi vieux que Jésus… là il faut lire mes BDs ou mon blogue parce que j’ai un max d’anecdotes —> tchaogünther.com 


J’ai été repérée par un éditeur et une version papier de mon blogue a été éditée à la Courte échelle et ensuite chez Michel Lafon (La guerre des tétons en 3 tomes). C’était vraiment mon rêve de faire de la bande dessinée et, finalement, le cancer m’am d’une certaine manière, permis de le réaliser. Et la BD m’a permis de passer à travers cette maladie. 

J’ai eu beaucoup de retours positifs sur mon blogue et mes BDs de la part de patientes, d’accompagnants et de soignants. Je me suis sentie beaucoup moins seule et j’ai découvert une communauté créative et bienveillante. Je suis hyper fière que mon parcours en BD puisse en aider d’autres (malgré moi puisque à la base ce blogue était pour mes proches). 

Depuis, je continue à travailler sur le sujet du cancer à travers différents projets. Par exemple, j’ai créé (avec 2 amies) 2 expositions photos pour donner une autre image de la maladie: 

Lili par Julia Marois
Lolitta par Julia Marois

Alors oui, j’ai pas peur de dire que le cancer c’est pas que du négatif! C’est fou tout l’amour que j’ai reçu!!! Et le fait que je me sois rendue compte que j’étais capable de raconter des histoires et de faire de la BD! Je crois que l’expérience de la maladie peut être un révélateur, un catalyseur, une manière de prendre 10 ans de maturité! Depuis, je me prends moins la tête, je suis plus zen, je vais droit au but, j’ose plus et je me sens plus libre! J’espère juste que ça va durer! 

Avec le recul, je pourrais dire que le plus difficile (à part l’annonce)  a été le «retour à la normale». C’est difficile d’apprendre qu’on a le cancer et ça l’est aussi de ne plus vivre avec. Tout d’un coup on a plus aucun rendez-vous médicaux, on est plus suivi par les médecins, l’entourage passe à autre chose…. Alors que dans sa tête on se remet à peine de cet ouragan.  

Aujourd’hui, je ne fais plus que de la BD (avant j’étais graphiste) et je viens d’ailleurs de débuter un nouveau projet sur l’anatomie féminine: Vagin Tonic (à prononcer comme un gin tonic) qui sortira en 2018 chez Casterman.

Aujourd’hui, je suis en rémission alors même si je flippe à chaque rdv de suivi, c’est aussi une piqure de rappel: la vie est courte, profitons-en!  

Lili

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