Bilan, de Marcel Dubé, au Théâtre du nouveau monde

Il est rare que j’assiste à une pièce de théâtre qui attise autant de l’émoi dans la salle au point où les gens quittent avant la fin. Je ne m’attendais vraiment pas à cela pour ce texte datant de 1960, mais peut-être qu’en cette ère #metoo, certains peinent vraiment à voir une femme se faire gifler par son mari, ou ont moins de patience face à l’autoritarisme d’hommes violents en une autre époque où les Québécoises n’avaient même pas le droit d’avoir un compte de banque. 

Pourtant, derrière les claques, les empoignades et le silence qu’on tente d’imposer à ces femmes trop souvent malheureuses, les rôles féminins qu’a créés Marcel Dubé, et pas seulement dans Bilan, sont des rôles très forts. On a surtout ici Suzie, fille de Margot et William Larose, qui ne veut pas répéter l’erreur de sa mère de rester avec un homme qu’elle n’aime pas. En quittant aux bras d’un autre homme que son mari une réception mondaine où son père annonce qu’il va devenir l’organisateur en chef de l’Union nationale peu de temps après la défaite du parti face aux Libéraux de Jean Lesage, la jeune Suzie engendre une petite révolution tout sauf tranquille au sein du cocon familial du riche homme de pouvoir.

La pièce pour moi est surtout une vitrine très rare sur ce qu’était le Québec pré-révolutionnaire parmi la droite bourgeoise. Je ne me souviens pas avoir été confronté à cela aussi directement et j’en suis reconnaissant au TNM de ce petit cours d’histoire de la société québécoise. Vous regretterez votre impatience, dirais-je aux spectateurs qui auraient la mauvaise idée de quitter avant la fin tragique mais belle et émancipatrice de Bilan. La table est mise à la fin de la pièce: place à la Révolution. 

Au TNM jusqu’au 8 décembre (pour vos billets, c’est ici) et en tournée au Québec du 16 janvier au 14 février 2019. 

Nos ghettos, au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui

D’abord présentée au Festival transamériques (FTA) cet été, gage de qualité s’il en est un, j’étais très content de voir que Nos ghettos, de J-F Nadeau et Stéfan Boucher, serait représentée à Montréal car je l’avais ratée en mai dernier et cette critique elle aussi plutôt acerbe d’un quartier peu connu de Montréal, un espèce de triangle des Bermudes entre Villeray, Rosemont et Saint-Michel, est surtout une analyse des ghettos que l’on s’impose à nous-mêmes. Une odyssée musicale aussi, dans l’univers disjoncté de Stéfan Boucher et l’imagination foisonnante de Nadeau. Petit dépaysement sans devoir aller bien loin… en fait juste à la clinique du coin. 

À voir au CTDA jusqu’au 1er décembre.

Un classique de Tchekov nous est offert au théâtre Prospero avec Platonov amour haine et angles morts, dans une mise en scène très attendue de l’étonnante Angela Konrad. 

Ce grand classique de Tchekhov est sa toute première pièce ; elle surgit, sans titre, des années après la mort de l’auteur sous une forme inachevée. Et pourtant, elle contient TOUT Tchekhov : l’observation minutieuse d’une société en déliquescence, suspendue entre stagnation, ennui et devenir incertain dans laquelle les individus se heurtent les uns contre les autres en éprouvant le vide qui les habite. Les relations familiales, le couple, l’économie amoureuse et sexuelle, l’émancipation féminine, le nihilisme constituent les thèmes majeurs de cette dramaturgie débordante. C’est pourquoi elle demeure d’une si grande actualité et qu’elle continue de fasciner.

Très hâte d’aller voir cela cette semaine avec mon amoureuse.

Au Prospero du 20 novembre au 15 décembre.

Je n’ai pas encore vu non plus cet autre classique dans ma liste, américain cette fois : Des souris et des hommes, de Steinbeck au Théâtre Duceppe jusqu’au 1er décembre. Je vous laisse lire certaines des critiques ici, qui vous montreront la belle direction qu’a prise ce grand théâtre montréalais, institution qui a toujours été très riche à mon avis mais qui avait la réputation d’accueillir un public plus âgé. Eh bien pour ceux d’entre vous qui ne le savent pas encore, le Duceppe a maintenant une très appréciée politique pour les 19 à 35 ans: Ton âge = ton prix. Après l’excellent Oslo pour lancer la saison, c’est au tour de Vincent Guillaume-Otis d’éblouir avec une mise en scène de ce classique du répertoire américain qui ne laissera personne indifférent. 

Profitez de tout ce bon théâtre, peu importe votre âge! 

Jonathan

——–

Photo de Bilan : Jean-François Gratton

Comments

comments

Article précédentLook du jour : 15 novembre 2018
Article suivantLook du jour : 19 novembre 2018
Jonathan a eu la piqûre mode tardive, à force d’accompagner sa blonde (brune, rousse, rose) Lolitta dans ce monde en perpétuel mouvement qui lui a permis de faire de fascinantes rencontres et découvertes. Passionné d’écriture et grand amateur d’art et de culture, Jonathan signe les articles culturels du blogue. Il est aussi le chroniqueur mode et beauté masculine de Fashion Is Everywhere, et se compte bien chanceux d’être le seul gars de l’équipe, entouré de quatre extraordinaires collaboratrices. Il est aussi le réviseur et traducteur du blogue... faque s’il y a une faute, c’est de sa faute! Ah oui! Il trippe golf ;)