« Chaque fois que tu rencontres une personne, une personne que tu aimes bien, cette personne devient une partie de toi. » – La maîtresse

PeepShow

Je fréquente le théâtre ESPACE GO régulièrement depuis l’an 2000 et il compte parmi mes préférés à Montréal. Ce n’est qu’aujourd’hui que je réalise que c’est peut-être en grande partie grâce à la place essentielle qu’y jouent les femmes (et la place aussi vitale de ces dernières dans le coeur sensible du fils à maman que je suis). La création du Théâtre Expérimental des Femmes en 1979 (mon année de naissance) plante bien les racines féministes de ce qui allait devenir l’ESPACE GO, des suites entre autres de la collaboration grandissante du TEF avec les gars du théâtre PÀP, cette autre compagnie théâtrale montréalaise qui m’est chère parmi toutes, comme je vous en ai déjà parlé.

Marie-Brassard3-©-Minelly-Kamemura   Monia-Chokri-©-Maude-Chauvin

Depuis 2004, le théâtre a même sa série Portraits de femmes où des œuvres d’auteures, des désirs de comédiennes, des projets de metteures en scène ou encore la volonté de donner vie à de grands personnages féminins motivent le choix des créations présentées sur ses planches. Ce qui nous mène à sa présente saison (si intriguante et prometteuse) et au troublant PEEP SHOW.

Pour engendrer ce trouble, le texte et la mise en scène de Marie Brassard n’ont d’égale que l’interprétation de Monia Chokri.  À l’aide d’un traitement sonore surréel, l’extraordinaire comédienne joue tous les personnages, qu’ils soient femme, homme, monstre ou enfant. D’un haussement de menton de 2 pouces, Chokri passe de la gamine à sa professeure, avant de faire deux pas à l’avant et de devenir un monstre terrifiant. Transition.

Ce sont plusieurs scènes qui s’enchaînent ainsi, de courtes histoires sur la vie cachée et l’intimité des gens. Des moments que l’on ne serait pas supposé voir, que l’on espionne, voyeur, à travers la serrure ou dans un trou du quatrième mur. Un peep show. À la base de ces histoires, bien souvent: un conte. Le Petit Chaperon Rouge. Ou encore, on se souvient d’Alice qui suit le lapin au pays des merveilles. Et bien ici, dans une scène marquante, c’est un chien qui mène Beautiful jusqu’à son maître, au pays… du bondage(!) Un fil, le désir, relie les personnages et les scènes. Pendant 1h25, on rappelle au spectateur comment ce désir peut aiguiser la curiosité, comment il pousse vers l’inconnu, que ce soit vers le danger, la frustration, l’amour, le désamour, la peur, voire la mort.

PeepShow-EspaceGo

La technologie permet ici à Marie Brassard de créer des êtres dichotomiques, dont la voix ne correspond pas au corps. “Je vais continuer à explorer cette voie pour révéler les zones cachées d’un personnage”, disait l’auteure. Je dirais même plus révéler des zones cachées dans chaque membre du public. C’est ça, je crois, qui explique le sentiment étrange de nudité qui a pris un temps à me quitter ce soir-là. Comme si quelqu’un avait découvert et révélé mes secrets et que ceux et celles qui avaient assisté au PEEP SHOW de l’ESPACE GO connaissaient maintenant un peu trop l’homme que je m’efforce d’avaler, comme le gros méchant loup… Étrange sentiment.

Ah que j’aime le théâtre quand il me fait découvrir de tels nouveaux feelings!

Allez-y, il ne reste que 6 représentations incluant celle de ce soir et les 2 de samedi.

Jonathan, qui vous rappelle que: #CultureisEverywhere 😉

Photos : Caroline Laberge, Minelly Kamemura et Maude Chauvin

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